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Publié dans la catégorie 'Ikeda Tamayo'

Duo Ykeda : Chronique concert à Beyrouth du 25 octobre 2009

CULTURE

Une musique à l’effigie de l’Hexagone…

Par Edgar DAVIDIAN | 26/10/2009

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Jean Deroyer dirigeant l’OSNL à l’église Saint-Joseph de Beyrouth et, à ses côtés, les deux jeunes pianistes Patrick Zygmanowski et Tamayo Ikeda ont offert un menu musical à l’esprit et aux scintillements français.

Dans une chaleur humide et à la moiteur collante, l’église Saint-Joseph (USJ), illuminée et remplie jusqu’aux derniers bancs, a fait résonner, dès les premières mesures, les accents d’amour dévorant et envoûtant de la poésie symboliste de Maeterlinck. Une poésie posée en une tendre et douce gravité sur les pages du long Prélude de Pelléas et Mélisande de Gabriel Fauré. Du mélodiste français le plus inspiré, génial élève de Saint-Saëns, on écoute ici les premiers murmures et les méandres tortueux d’une passion, histoire de cœur et de jalousie, toujours proférée « à voix basse » et échappée aux ténèbres du Moyen Âge comme un immortel élixir pour d’inextinguibles battements de coeur…

Changement de tons, de timbres et d’atmosphère avec le Concerto pour la main gauche en ré majeur (dédié en son temps au virtuose Paul Wittgenstein qui a perdu son bras droit durant la guerre !) de Maurice Ravel où officie, en tout brio, le jeune Patrick Zygmanowski. Cheveux rejetés en arrière avec un profil d’aigle « ravelien », silhouette filiforme, visage émacié et costume couleur parme pour un opus d’une intensité électrisante. Véhémence tragique, rythme marqué, énergie débordante et passion délirante pour une oeuvre rugissante dès les premières notes, exaltante et habitée par une certaine violence… Des accords jazzy aux pilonnages des percussions, ce concerto est sans nul doute une grandiose et fabuleuse querelle entre orchestre et clavier déchaîné avec pour seule arme et cuirasse la poigne, la tendresse et la dextérité d’une main gauche incroyablement performante…

Un moment foudroyant où le clavier crache littéralement du feu.

Tout simplement saisissant et à couper le souffle avec un solist éblouissant au-dessus de tout éloge. Toujours prestige et lumière du piano avec l’Embarquement pour Cythère de Francis Poulenc où deux pianos ont toute l’éloquence et la complicité du monde. Sur scène, Tamayo Ikeda, en robe mousseline longue rehaussée de brillants, cheveux noirs dénoués sur les épaules, rejoint son virtuose de mari pour une prestation toute en notes vives, joyeuses et pimpantes. Luxe, volupté et plaisir de l’île de Venus… Splendide, percutant et pétillant voyage sonore pour ce « voyou ou moine » de Poulenc, toujours entre deux eaux. Rafraîchissant splash d’une brillante valse-musette pour un périple du côté de l’insouciance, la frivolité et la sensualité dans l’île d’Aphrodite… Influencé par Cocteau et Satie, ami de Darius Milhaud, Honegger et Auric (car il était membre du groupe des « Six »), Poulenc a un talent unique pour cette pièce vibrante et tonique où deux pianos dialoguent en toute coquine et harmonieuse complicité que d’ailleurs les deux talentueux interprètes rendent avec une délicieuse et perceptible espièglerie.

Pour conclure, toujours avec Poulenc et deux claviers, mais on ajoute les cordes et instruments à vent de l’orchestre pour une somptueuse narration où tous les musiciens cheminent allègrement ensemble, dans un mélange de style très particulier.

Pour ce Concerto pour deux pianos et orchestre à trois mouvements (allegro ma non troppo, larghetto, finale allegro molto), voilà à profusion les richesses harmoniques de deux claviers qui ne craignent guère les trémolos de quelques rêveries et vague à l’âme aux claviers face aux nuages menaçants de l’orchestre…

De l’ironie à la souffrance, d’une larme à un sourire, d’une force de frappe remarquable à la plus tendre des caresses, ainsi va l’inspiration fantaisiste et un peu vagabonde du compositeur des Dialogues des carmélites.

Tempête d’applaudissements d’un public conquis jusqu’à l’âme par une prestation sans faille et un programme judicieusement concocté. En bis, souriant et heureux, le jeune couple de pianistes a accordé à l’auditoire, à quatre mains sur les touches d’ivoire, la sémillante et endiablée Danse du sabre d’Aram Khatchadourian, dans un arrangement pour clavier signé Patrick Zygmanowski.

Tempo d’enfer et couvercle heurté sur le bois noir lustré pour cet opus emballant, à la mélodie tournoyante avec la célérité d’une toupie folle…

Duo Ykeda : Showcase à l’Institut Français de Tokyo le 30 octobre

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À l’occasion de la convention bi-annuelle franco-japonaise qui se tiendra à Tokyo, Tamayo Ikeda et Patrick Zygcomanowski se produiront le 30 octobre à l’Institut Français.

L’occasion pour notre Duo déjà très connu au Japon de se produire devant plus de 70 professionnels locaux.

Duo Ykeda : « Intoxicate » gratuit Japonais

5 questions au Duo Ykeda

A quelques jours de la parution de leur CD dédié à Franz Schubert, le Duo Ykeda répond en avant-première à 5 questions :

Jouer à 4 mains, cela signifie partager avec l’autre le piano mais aussi et avant tout concevoir une interprétation ensemble. Comment travaillez-vous l’approche musicale d’une œuvre ?

On vit avec la musique, elle évolue avec nous et nous changeons avec elle. Pour ce CD dédié à Franz Schubert, on peut parler de vingt années au moins de ‘‘vie commune’’. De cette lente maturation naît au fil du temps des approches multiples. La première, celle que nous privilégions est instinctive. Ensuite, un passage obligé par l’analyse nous emmène aussi sur les traces de la vie du compositeur, sur la compréhension de son cheminement musical et humain.

Pour un artiste, quelles sont les principales différences entre interpréter une pièce pour 2 pianos et une autre à 4 mains ?

L’espace vital ! À quatre mains, il faut accepter de TOUT partager : le clavier, les pédales, le son, l’espace. C’est un travail sur soi, c’est une vraie histoire de couple. Il y a probablement cette même problématique dans la vie à deux, si l’un qui domine l’autre, ce n’est pas l’idéal. L’équilibre est très difficile à trouver, à certains moments, il faut faire totalement abnégation de son ‘‘soi-même’’ pour magnifier l’autre, le rendre sublime. Finalement, parfois, nous nous disons tous les deux que ce travail passionnel du répertoire à quatre mains nous aide à faire progresser notre couple.

Pour terminer, le quatre mains cache aussi une proximité, une intimité … Nous sommes presque collés l’un contre l’autre. Le moindre geste parasite dérange l’autre, le déstabilise. Il s’agit réellement d’une chorégraphie de haut vol !

Votre 1er enregistrement au disque est consacré à Franz Schubert. Pourquoi ce choix ?

En vérité, nous avons déjà enregistré au Japon un DVD consacré à des pièces de Maurice Ravel et d’Igor Stravinsky. Schubert à cette époque nous semblait encore inaccessible, peut-être à cause de la fulgurance de sa vie et du génie de son œuvre …

Votre introduction dans la Fantaisie est différente de ce que nous avons généralement l’habitude d’entendre. Quelle en est la principale raison ?

Pour être honnête, nous jouons cette Fantaisie telle que nous la ressentons. Nous avons refusé tout compromis, toute écoute extérieure pour ne nous focaliser que sur notre instinct commun. Nous sommes un couple dans la vie, parfois, des regards suffisent pour prendre des décisions. Dans la musique aussi, l’écoute et la compréhension de l’autre se passe de mot. Ce que vous entendez, c’est réellement une seule voix, un seul regard, c’est peut-être pour cela que vous la trouvez différente.

Selon vous, quelles œuvres mériteraient d’être transcrites pour 4 mains afin d’en apporter un éclairage nouveau ?

Chez le Duo Ykeda, c’est Patrick qui est le plus porté sur l’arrangement. Il écrit dès qu’il en a le temps et arrange aussi. « Roméo et Juliette » de Tchaïkovski est en préparation, cela devrait être la version pianistique du ballet …

Le Duo Ykeda interprète Schubert

Sortie nationale le 8 juin 2009

Réservation du CD dès à présent en utilisant le lien DUOYKEDA%40LONTANOCD_2.jpg

Tamayo Ikeda (piano)

Née en 1971 au Japon, Tamayo IKEDA débute ses études musicales dès l’âge de trois ans. En 1986, elle intègre l’université de Tohogakuen à Tokyo et remporte le Troisième Prix au 41ième concours National de Piano du Japon.

Elle rencontre le pianiste Vlado Perlemuter qui lui conseille de venir parachever ses études en France. Son admission immédiate au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris lui permet de se perfectionner avec Jacques Rouvier pour le piano ainsi qu’avec Régis Pasquier pour la musique de chambre et d’obtenir deux Premiers Prix dans ces spécialités avant d’intégrer le cycle de perfectionnement dans la classe de Pascal Devoyon.

Boursière de l’A.P.E.F. ainsi que de la Société Générale, elle reçoit les précieux conseils de Maîtres tels que Dimitri Bashkirov, Halina Czerny-Stefanska, Léon Fleisher , Maria Joao Pirès.

Son jeu intuitif et à la fois structuré confère à ses interprétations poésie, charme et architecture. L’approche singulière du répertoire qu’elle aborde a été récompensée par un Deuxième Prix et le Prix spécial Claude Debussy au Concours International Yvonne Lefébure (pas de premier prix attribué), un Prix Spécial (Claude Debussy) au Concours International de Porto, ainsi que le Premier Prix au Concours International Francis Poulenc (et en plus le Prix Spécial Casadessus).

Tamayo IKEDA s’est produite avec l’Orchestre d’Avignon, dans divers grands festivals européens (Belgique, Hongrie, Slovaquie, Portugal), au Japon, Radio France, en compagnie de soliste tels que Pascal Devoyon, Jean Ferrandis, Svetlin Roussev, Francis Dudziak, Roland Pidoux, Roland Daugareil, Patrick Zygmanowski, etc.

Sa discographie comprend un enregistrement des œuvres de Poulenc et Fauré (Arcobaleno) ainsi qu’un disque consacré à Stockhausen en sonate avec le clarinettiste Jean-Philippe Vivier (Solstice).

À propos de Lontano-Productions

Créée en 2005 par Pierre-Alexandre Mati, la Société Lontano est née de l’attente de musiciens, internationalement reconnus, et de leur désir de faire partager leur sensibilité artistique avec le public.
Afin de compléter notre métier, qui était à l’origine essentiellement consacré à la production discographique (Distribution mondiale, Warner Classics and Jazz) et à la réalisation de spectacles musicaux avec projection d’images (”Armenia” dont la 1ère avait été donné au Théâtre de l’Athénée Louis-Jouvet de Paris), les dirigeants actuels ont souhaité développer parallèlement une activité dédiée à la production et à la co-production de concerts Classique et Jazz.
Lontano est ainsi devenu Lontano-Productions.

Avec le soutien de nos partenaires historiques (Warner Music, Mezzo, Radio Classique, Les Productions Internationales Albert Sarfati …), chaque projet musical est pensé et réalisé en parfaite adéquation avec les exigences artistiques des Artistes de notre label pour un plaisir partagé.