5 questions au Duo Ykeda
A quelques jours de la parution de leur CD dédié à Franz Schubert, le Duo Ykeda répond en avant-première à 5 questions :
Jouer à 4 mains, cela signifie partager avec l’autre le piano mais aussi et avant tout concevoir une interprétation ensemble. Comment travaillez-vous l’approche musicale d’une œuvre ?
On vit avec la musique, elle évolue avec nous et nous changeons avec elle. Pour ce CD dédié à Franz Schubert, on peut parler de vingt années au moins de ‘‘vie commune’’. De cette lente maturation naît au fil du temps des approches multiples. La première, celle que nous privilégions est instinctive. Ensuite, un passage obligé par l’analyse nous emmène aussi sur les traces de la vie du compositeur, sur la compréhension de son cheminement musical et humain.
Pour un artiste, quelles sont les principales différences entre interpréter une pièce pour 2 pianos et une autre à 4 mains ?
L’espace vital ! À quatre mains, il faut accepter de TOUT partager : le clavier, les pédales, le son, l’espace. C’est un travail sur soi, c’est une vraie histoire de couple. Il y a probablement cette même problématique dans la vie à deux, si l’un qui domine l’autre, ce n’est pas l’idéal. L’équilibre est très difficile à trouver, à certains moments, il faut faire totalement abnégation de son ‘‘soi-même’’ pour magnifier l’autre, le rendre sublime. Finalement, parfois, nous nous disons tous les deux que ce travail passionnel du répertoire à quatre mains nous aide à faire progresser notre couple.
Pour terminer, le quatre mains cache aussi une proximité, une intimité … Nous sommes presque collés l’un contre l’autre. Le moindre geste parasite dérange l’autre, le déstabilise. Il s’agit réellement d’une chorégraphie de haut vol !
Votre 1er enregistrement au disque est consacré à Franz Schubert. Pourquoi ce choix ?
En vérité, nous avons déjà enregistré au Japon un DVD consacré à des pièces de Maurice Ravel et d’Igor Stravinsky. Schubert à cette époque nous semblait encore inaccessible, peut-être à cause de la fulgurance de sa vie et du génie de son œuvre …
Votre introduction dans la Fantaisie est différente de ce que nous avons généralement l’habitude d’entendre. Quelle en est la principale raison ?
Pour être honnête, nous jouons cette Fantaisie telle que nous la ressentons. Nous avons refusé tout compromis, toute écoute extérieure pour ne nous focaliser que sur notre instinct commun. Nous sommes un couple dans la vie, parfois, des regards suffisent pour prendre des décisions. Dans la musique aussi, l’écoute et la compréhension de l’autre se passe de mot. Ce que vous entendez, c’est réellement une seule voix, un seul regard, c’est peut-être pour cela que vous la trouvez différente.
Selon vous, quelles œuvres mériteraient d’être transcrites pour 4 mains afin d’en apporter un éclairage nouveau ?
Chez le Duo Ykeda, c’est Patrick qui est le plus porté sur l’arrangement. Il écrit dès qu’il en a le temps et arrange aussi. « Roméo et Juliette » de Tchaïkovski est en préparation, cela devrait être la version pianistique du ballet …




